Pitch : Nous sommes en 1919. Un bateau quitte l'Empire du Levant avec à son bord plusieurs dizaines de jeunes femmes promises à des Japonais travaillant aux États-Unis, toutes mariées par procuration.
C'est après une éprouvante traversée de l'Océan pacifique qu elles rencontrent pour la première fois à San Francisco leurs futurs maris. Celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui auquel elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir.
À la façon d'un choeur antique, leurs voix se lèvent et racontent leurs misérables vies d'exilées... leurs nuits de noces, souvent brutales, leurs rudes journées de travail dans les champs, leurs combats pour apprivoiser une langue inconnue, la naissance de leurs enfants, l'humiliation des Blancs... Une véritable clameur jusqu'au silence de la guerre et la détention dans les camps d'internement - l'État considère tout Japonais vivant en Amérique comme traître. Bientôt, l'oubli emporte tout, comme si elles, leurs époux et leurs progénitures n'avaient jamais existé.

Mon avis : Après la première guerre mondiale, au début des années 20, des jeunes Japonaises âgées de 13 à 30 ans quittent le Japon pour l'Amérique par bateau. Elles vont se marier en arrivant à des Japonais qu'elles n'ont jamais vus auparavant.

J’avoue, personnellement, je connaissais très peu le sort de ces femmes. Je crois même que je n’en avais aucune idée.

Le style de l’auteur est tout à fait particulier, employant le « nous » pour parler de ces femmes, mêlant son sort aux leurs et nous embarquant avec elle dans ce volet d’histoire de façon particulièrement réaliste et poignante. J’ai navigué avec ces femmes vers un pays rêvé, des époux fantasmés et des réalités espérées. J’ai déchanté avec elles lorsque m’est apparu la réalité de ces hommes. Loin d’être de grands entrepreneurs, ils étaient employés dans des fermes, des ateliers de confection, loin d’attendre une femme pour l’aimer, ils se vidaient en elle pour passer leur frustration, loin de vouloir le meilleur pour leur famille, ils se noyaient dans l’alcool et dépensaient tout l’argent du foyer.

L’auteur a cette magie au bout du crayon qui nous embarque au plus profond de nous-mêmes et nous transporte dans le temps.

Le déracinement final, peu de temps après l’attaque de Pearl Harbor est un véritable déchirement que j’ai ressenti de façon très vive mais à la fois si « discrète » tant Julie Otsuka est délicate dans son traitement de ce pan de l’histoire.

Une magnifique leçon d’écriture qui nous permet non seulement de mieux connaître l’histoire du monde mais, surtout, de passer un moment tout en poésie et émotions.

ELLE