Pitch :
Al Kenner serait un adolescent ordinaire s'il ne mesurait pas près de 2,20 mètres et si son QI n'était pas supérieur à celui d'Einstein. Sa vie bascule par hasard le jour de l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Plus jamais il ne sera le même. Désormais, il entre en lutte contre ses mauvaises pensées. Observateur intransigeant d'une époque qui lui échappe, il mène seul un combat désespéré contre le mal qui l'habite. Inspiré d'un personnage réel, Avenue des Géants, récit du cheminement intérieur d'un tueur hors du commun, est aussi un hymne à la route, aux grands espaces, aux mouvements hippies, dans cette société américaine des années 60 en plein bouleversement, où le pacifisme s'illusionne dans les décombres de la guerre du Vietnam.

Mon avis : Pour cette histoire, Marc Dugain s’est inspiré d’un fait réel macabre digne des plus brillantes séries américaines diffusées sur nos écrans : Edmund Kemper, 2,10 m pour 130 kg, enfermé à vie pour le meurtre d'au moins huit personnes dont ses grands-parents paternels. Et celui de sa mère, dont les policiers ont retrouvé en avril 1973 la tête posée sur la cheminée de sa maison piquée de fléchettes. Changement de nom tout de même, il est devenu, dans ce roman, Al Kenner. A part ça, même gabarit hors norme, même totale incapacité à ressentir toute émotion et à s’inscrire dans une humanité quelconque.

Les chapitres s’inscrivent dans une narration à deux temps.  Le 1er : nous avons l’impression d’être avec Al au fur et à mesure de ses errances, le 2nd : nous nous retrouvons plusieurs années plus tard, à la prison où Al est enfermé. Il reçoit la visite d’une femme qui vient lui apporter des livres à lire pour les malvoyants et lui demande à être édité. Ce qui présente nombre de difficultés puisque, tout de même, ce n’est pas n’importe qui et il est assez effrayant finalement.

On ne peut donc que se demander ce qui va se passer. Si nous sommes effectivement avertis qu’il a bien dû faire quelques exactions supplémentaires au meurtre de ces grands parents, nous n’avons pas, durant de nombreuses pages, d’éléments supplémentaires pour juger de sa culpabilité.

Il m’a finalement assez rapidement été sympathique ce meurtrier (surprenante à écrire cette phrase). Maltraité par sa mère qui n’a de cesse, quand bien même ils avaient pour obligation de ne plus se voir à la sortie d’Al de l’hôpital psychiatrique, de lui sortir les pires insanités. Un personnage aux facettes plurielles. Entre une incapacité totale à ressentir quoique ce soit et un fantasme reposant sur la décapitation, il essaye de s’en sortir ou, du moins, de vivre ce qu’il a à vivre, tout en sachant pertinemment que rien ne peut le satisfaire.

Marc Dugain nous livre ici un roman très bien ficelé avec des personnages intéressants et une psychologie fine. Il y a parfois quelques longueurs mais on se laisse rapidement prendre au jeu.

ELLE